Votre assiette révèle votre caractère


GUIDE

Pourquoi raffolons-nous des oranges ou des avocats, mais ne digérons-nous pas le lait ou le gluten ? Pourquoi souffrons-nous de boulimie ou de manque d’appétit ? Selon le thérapeute Michel Gillain*, c’est parce que notre nourriture est reliée à nos émotions. Elle peut aussi éclairer sur l’origine de certains de nos comportements.


Vous étiez restaurateur, vous voilà psychothérapeute spécialisé dans les aliments…

Ces deux métiers m’ont aidé à comprendre et à réparer mon histoire. J’ai grandi entre ma grand-mère paternelle, toujours en quête de plaisir, et ma mère, atteinte d’anorexie mentale. Elle traversait des épisodes dépressifs qui la clouaient dans sa chambre. Le soir, je lui apportais une assiette de nourriture pour lui redonner le goût de la vie. J’avais 5 ans.

Aujourd’hui, j’aide les autres à trouver leur nourriture magique. En tant que restaurateur passionné, je n’arrivais pas à concevoir que l’on puisse rester enfermé dans des difficultés liées à la nourriture. Alors, je me suis formé à la Gestalt, cette thérapie qui se focalise sur la sensation, le ressenti et l’émotion. J’ai aussi étudié la diététique, la nutrithérapie, la naturopathie, la symbolique des aliments, les médecines chinoise et ayurvédique. Cela fait trente-six ans d’exploration nourricière.

Y a-t-il des goûts spécifiques selon les âges ?

L’enfant va instinctivement vers une nourriture légèrement sucrée, douce et non dangereuse. Ensuite, sous l’influence des hormones, mais aussi de la vie sociale, les goûts du palais se diversifient. Vous l’avez remarqué, les ados se jettent sur les hamburgers. Du cheeseburger au Big mac, ce petit pain tiède, moelleux, au goût légèrement sucré, qui ressemble à un sein. Du 85 A au 95 D, il y en a pour tous les appétits… affectifs. Si les ados sont attirés par cette nourriture, c’est parce qu’elle est toute de tendresse et de réconfort. Mais quel que soit notre âge, chez McDo, c’est le nourrisson affamé d’amour qui est en nous qui s’exprime.

Nos préférences pour le salé ou pour le sucré traduisent-elles quelque chose de notre caractère ?

L’attirance vers le sucré exprime un besoin d’énergie, de douceur, de réconfort. D’ailleurs, le stress réveille souvent une envie de sucré. Le sel, lui, attire les personnes en quête de sens, de création, de nouveauté, de défi, de challenge. Ne dit-on pas “le sel de la vie” ?

Et si j’aime particulièrement les champignons ou les tomates ?

Il n’y a pas de hasard. En stage, je réunis mes participants autour d’un étal des quatre saisons et leur demande d’élire un fruit ou un légume puis de se présenter aux autres stagiaires en s’identifiant à ce fruit ou ce légume. C’est un exercice ludique et poétique, mais aussi très révélateur quand, par exemple, un participant proclame : « Je suis une bonne poire. » Ou qu’une stagiaire choisit la tomate, ce légume/fruit à la couleur rouge, symbole d’amour et d’énergie vitale et qui présente quatre cavités, comme le cœur. Il attire souvent ceux et celles qui traversent une période de solitude affective. Une boulimique pourra opter pour un champignon de Paris, ce légume sans corps : juste une tête posée sur un pied. Ce choix trahit son désir d’éliminer de sa conscience son corps mal aimé.

Vous parlez de vos stagiaires… Qui participe à vos sessions ?

Dans 80 % des cas, ce sont des femmes. Biologiquement nourricières, elles présentent, plus que les hommes, des comportements addictifs à la nourriture, notamment l’hyperphagie boulimique. Je reçois aussi des personnes qui souffrent d’allergies alimentaires ou qui sont obsédées par la nourriture saine. Vouloir se nourrir sainement est légitime, mais si l’angoisse prend le pas sur le plaisir au point de perturber la vie sociale, cela devient pathologique.

Une intolérance alimentaire, un blocage, qui apparaît tout à coup, peut-il avoir un lien avec notre histoire personnelle ?

Pour le découvrir, j’explore la vie de mes consultants. Ainsi, une jeune femme se plaignait d’une réaction brutale aux fruits de mer, dont elle raffolait. Sa première crise était apparue au cours d’un dîner avec son mari, « un repas banal », selon elle. À notre entretien suivant, un détail lui est revenu à l’esprit : ce soir-là, son mari avait quitté quatre fois la table, pour aller téléphoner. J’en ai déduit que l’inconscient de cette femme avait perçu un secret et, en effet, elle a appris peu après que son mari avait une liaison, ils ont d’ailleurs divorcé.

Prendre conscience de ce lien de cause à effet l’a libérée de ses réactions d’intolérance. Quand, par exemple, une personne ne supporte pas le gluten, je recherche une difficulté qu’il pourrait avoir avec une figure de l’autorité. En effet, le gluten renvoie au blé, symbolique de l’argent et aussi du père qui, traditionnellement, “remplit de blé les greniers”. J’ai ainsi accompagné un chef d’entreprise handicapé par cette allergie : il venait de créer une société avec un associé qui se comportait en patron tyrannique, lui mettant la pression… Ça le renvoyait à la dureté de son propre père. C’est ce double stress qu’il somatisait. Une fois qu’il a recadré ses relations avec son associé, il a pu, à nouveau, manger du pain.

Et quid de notre rejet d’un aliment ?

Une de mes patientes n’aimait plus les crêpes, alors qu’elle les avait adorées, enfant. Derrière cette perte de goût, il y avait un deuil qui ne se faisait pas, celui de sa grand-mère qui, chaque année, réunissait toute la famille pour la Chandeleur, créant une ambiance de fête qui avait disparue avec elle.

Un palais, ça se rééduque ?

Lorsque l’on a souffert de blessures profondes, il est souhaitable d’entreprendre un travail de réparation. C’était le cas de cette dame aveugle et anorexique qui ne se nourrissait que de pain, de riz et d’un peu de vin. Elle avait des souvenirs douloureux, dont celui d’un père qui l’obligeait à finir son assiette. Chaque semaine, en consultation, je lui présentais un aliment, par exemple, je lui proposais de prendre un ananas dans les mains, de le toucher, de le sentir, avant de le goûter.

Elle n’a pas apprécié l’ananas, mais les fraises l’ont émerveillée. Aujourd’hui, elle s’est réconciliée avec une cinquantaine d’aliments. L’éveil des sens est très important quand on veut changer notre relation avec la nourriture. Il permet de revenir à soi, de se réapproprier ses désirs, ses besoins et son plaisir. La question n’est plus de croquer une pomme parce que c’est bon pour la santé, mais parce que tous nos sens sont attirés par ce fruit.

Existe-t-il un lien entre nos attitudes à table et nos comportements dans la vie ?

En effet, il y a des parallèles entre la manière de préparer la nourriture et de prendre soin de soi, de présenter les aliments et de se présenter. Notre façon de manger révèle aussi la façon dont on déguste (ou pas) la vie. Il existe un effet miroir entre notre façon d’assimiler et de digérer notre nourriture, de la même manière que l’on digère nos réussites ou nos échecs. Enfin, notre façon d’éliminer les déchets, via notre transit intestinal, renseigne sur notre façon de nous accrocher ou de lâcher prise, quand quelque chose nous échappe.

Ces transformations peuvent-elles avoir un impact sur notre psychisme ?

Oui. Si l’essentiel de votre menu est composé de fruits et de légumes et que vous l’enrichissez en viande, vous pouvez devenir un peu plus “leader”. À l’inverse, si vous délaissez les protéines au profit d’une alimentation riche en fruits et légumes, vous risquez d’aller vers plus de passivité et de vous retrouver davantage dans le monde de la pensée. Au cours d’un séminaire d’entreprise, j’ai demandé à chacun des deux cent cinquante stagiaires de rejoindre un des cinq groupes alimentaires proposés : celui des amateurs de pain, de produits laitiers, de desserts, de fruits et légumes, et de la viande. Les cadres, les leaders et les porte-étendards sont spontanément allés vers le groupe viande.

Le gros de la troupe (cent personnes) s’est senti bien dans le groupe pain, (celui des “co-pains”, des travailleurs de base). J’ai pu constater, sans vraiment l’expliquer, que les produits laitiers fédéraient les gens du marketing, que les fruits et légumes attiraient les comptables et les informaticiens. Les desserts qui achèvent le repas, eux, plaisent aux “finisseurs”, c’est-à-dire à ceux qui sont chargés de mener un dossier ou une tâche à son terme, comme les assistantes de direction.

Que disent de nous les expressions liées à la nourriture ?

J’ai l’habitude de demander à mes stagiaires de sélectionner, parmi une longue liste d’expressions liées à la nourriture, les trois formules qui leur parlent le plus. À quelqu’un qui choisit « Mettre de l’eau dans son vin », je peux demander s’il ne se dilue pas exagérément et s’il n’accepte pas trop souvent de composer en négligeant ses propres envies… Si une stagiaire coche l’expression, « avoir une peau de pêche », cela parle de la douceur et de la tendresse que son corps aime et attend. Mais est-elle entourée de personnes qui respectent ce besoin ?

Une fois qu’on les connaît, que peut-on faire de ces informations ?

À travers la nourriture, on étudie la qualité de la relation que nous entretenons avec nous-même et les autres. Imaginons qu’une lectrice de marie france ne supporte pas le lait, cet aliment qui renvoie à la mère. Cela laisse supposer que les attentes de la mère et de la fille ne se sont pas rencontrées. À partir de là, comment peut-elle être une bonne mère pour elle-même ? Comment peut-elle écouter son besoin d’intimité et de bienveillance ? Enfin, que va-t-elle faire de ses demandes ?

*Auteur de Comprendre ma cuisine intérieure (Dunod InterÉditions).

Pourquoi ces aliments nous attirent ?

Les noix. Leurs circonvolutions évoquent les deux hémisphères de notre cerveau. Elles participent à la synthèse des neurotransmetteurs et, donc, clarifient nos idées.

Les pommes de terre. Tubercules hautement digestes, elles permettent de digérer et de supporter le sentiment de servitude.

La viande. Elle nous renvoie à la conquête du territoire.

Le poisson. Il nous aiderait à reprendre contact avec nos émotions et notre inconscient.

L’oignon. Proche par sa forme d’une cellule du corps, c’est un grand nettoyeur de déchets des cellules de notre corps.

La carotte. Détaillée en rondelles, elle évoque la pupille de l’œil. Et elle améliore la vue.

La tomate. Elle présente quatre cavités comme le cœur. Elle améliore notre système cardio-vasculaire et nous aiderait à vivre les solitudes affectives.

Le céleri. Il ressemble aux os et les renforce par son sodium : 23 % de sodium dans le céleri et autant dans les os.

Les agrumes. L’acidité du citron et de l’orange aiderait à digérer les émotions.

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