PRÉPARATION À PESSAH, LA PÂQUE JUIVE


PESSAH 1

La préparation de Pessah commence immédiatement après la fête de Pourim, un mois donc avant la Pâque elle-même, du 22 au 30 avril, cette année. Avant la fête et son célèbre Seder, repas commémoratif et rituel, la célébration est précédée de préparatifs précis au sens symbolique important et pédagogique.

Le vieux levain

Tout le hametz  (levain, ferment et par extension tout ce qui peut fermenter), nourriture et boisson à base de cinq céréales qui fermentent et tout levain doivent être éliminés de la maison où a lieu un grand « ménage de printemps » ! Les cinq céréales concernées sont le blé, l’orge, l’avoine, l’épeautre et le seigle.

Céréales et levain sont soumis à trois interdits : interdit d’en manger, d’en voir et également d’en avoir que l’on pourrait trouver. Le hametz symbolise le yetser hara, le mauvais penchant qui pousse l’homme à fauter ; par conséquent sa recherche assidue et méticuleuse en vue de son élimination revêt une grande signification morale. C’est à l’aide d’une bougie que l’on recherche le hametz le 13 Nissan au soir. L’usage est d’éliminer le hametz, « biour hametz » en le brûlant ou en le jetant au vent ou à la mer. Sa destruction doit avoir lieu le 14 Nissan avant la fin de la matinée.

Tout le hametz qui n’aura pas pu être consommé avant Pessah devra être vendu à un non Juif et la défense d’en consommer entre en vigueur le 14 Nissan au matin. La vente du hametz ne doit pas être fictive mais une véritable opération commerciale suivant les prescriptions talmudiques.

Un jeu de vaisselle spéciale est prévu pour les repas de Pessah et pour la cuisine car les instruments ménagers ne doivent pas être ou avoir été en contact avec les aliments interdits.

Toute la maison a donc été parfaitement débarrassée du hametz, dans ses moindres recoins, les poches des vêtements sont retournées, les livres dépoussiérés et aérés etc…

La veille du repas pascal (appelé Seder, qui signifie ordre) le père de famille se livre à une recherche symbolique du hametz à la lueur d’une bougie. Il inaugure sa recherche par une bénédiction et comme une bénédiction ne doit pas être vaine, il lui faut trouver quelque chose, aussi la mère et les enfants ont-ils pris soin de cacher dix petits morceaux de pain dans les différentes pièces de la maison…  au père de les trouver et de les éliminer ! Une fois rassemblés, on brûle ces morceaux et une formule d’annulation annule tout hametz qui aurait été oublié par mégarde.

Les azymes

Pendant les huit jours de la fête, c’est la matsa, ou pain azyme, pain sans levain qui sera consommée. Les matsot sont des galettes élaborées avec de la pâte non fermentée. Le mélange de la farine avec l’eau produit le hametz au bout de dix-huit minutes, il faut donc l’enfourner immédiatement pour la cuisson. Ce pain sans levain sera un des éléments essentiels de la fête pascale et il est introduit ici en parallèle à la chasse au hametz.

La fête de Pessah commémore et réactualise la sortie d’Égypte, terre d’esclavage et d’idolâtrie. Les Hébreux ont quitté l’Égypte en toute hâte, emportant un pain qui n’avait pas eu le temps de lever, ce que rappelle la matsa. On dit de ce pain qu’il est sans mémoire en opposition au pain avec levain. Pour faire du pain levé, on utilise en effet du levain de la veille, lui-même issu de l’avant-veille etc…. ainsi le pain levé d’Égypte contenait-il toute l’histoire d’Égypte… On associe également le levain au mauvais instinct, au mal ou aux passions pourrions-nous dire, qui peuvent « contaminer » une bonne pâte même par une toute petite quantité. Cet instinct du mal obscurcit le regard et le jugement ; éliminer le hametz équivaut donc à ramener la lumière dans la maison et dans le cœur de ses habitants. Trésors de l’Égypte Rappelons que malgré une fuite rapide, les Hébreux ne sont pas partis d’Égypte les mains vides. Dieu leur a rappelé à quatre reprises d’emporter l’or, l’argent et des vêtements précieux des Égyptiens (cf Gn 15,14 ; Ex 3,22 ; 11,2 ; 12,35).

Que signifie cela ? Il s’agit de ne pas emporter l’histoire de l’esclavage et de l’idolâtrie de l’Égypte mais et d’en conserver les enseignements concernant la politique, la technique, l’industrie et la gouvernance, symbolisés par les métaux et tissus précieux et travaillés, convertis en vêtements et bijoux. Il s’agit également de libérer les Égyptiens de leur idolâtrie car leur or symbolisait le pouvoir pharaonique. Plus tard cet or et cet argent seront mis au service de l’Éternel car ils serviront à la confection du Tabernacle dans le désert (Ex 35,5)! Il s’agit de maîtriser la nature et non de se laisser maîtriser par elle. La sortie d’Égypte représente la sortie de tout ce qui peut asservir l’Homme : nécessités économiques, idolâtrie, oubli de Dieu, tendances au mal, instinct, animalité… Ainsi, se priver de hametz pendant huit jours constitue un éloignement, une distance de la matière et des mauvais penchants qui doivent être maîtrisés. Il faut pouvoir s’en séparer, mais non les éliminer totalement puisqu’il s’agit à terme, de les maîtriser et de sanctifier cette matière ! Voici ce que dit le rabbin Allali dans une de ses conférences : Le Talmud, lui, joue sur les mots et remarque que l’orthographe du mot « matsot » (תוצמ)les galettes de pain azyme, est exactement la même orthographe que le mot « mitsvot » (תוצמ) , les commandements bibliques…Donc lorsque la Torah nous dit de ne pas laisser la pâte monter, de ne pas perdre trop de temps, c’est une invitation pour la vie de tous les jours, lorsqu’on a un commandement à accomplir, le Talmud dit : ne laisse pas devenir « hametz » un devoir à accomplir, ne laisse pas pourrir une situation ; lorsqu’il y a quelque chose à accomplir, il faut le faire avec zèle et détermination. Première signification symbolique donc de la matsa, premier message, première valeur véhiculée ici de la capacité dans la vie à agir de manière résolue, l’on doit s’empresser d’atteindre l’objectif et éviter tout ce qui nous enferme, tout ce qui nous empêche d’être complètement épanoui… Dans l’étymologie du mot matsa il y a « mits » qui veut dire «le jus », le fait de permettre l’expression de ce que l’on est, l’expression de notre essence, de notre vocation, alors qu’une fois encore dans le « hametz » on a l’idée d’enfermement, de pourriture. L’enfermement est également présent dans le mot « mitsraïm » qui veut dire l’Égypte et qui renvoie à l’idée d’oppression, d’étroitesse.

Autre proposition d’explication symbolique de ce qu’est la matsa, formulée par un maître du XXème siècle, rabbi Zalman Soroskin, rabbin lituanien qui a ensuite vécu en Israël et qui est mort en 1966 : la matsa symbolise le lien social. Dans la vie de tous les jours nous sommes parfois éparpillés, parfois fâchés les uns avec les autres, les familles sont parfois éclatées, eh bien durant la fête de Pessah, il faut se réunir, se retrouver. C’est la raison pour laquelle à la table du Seder de Pessah, il y a de la place pour tout le monde, quel que soit son rapport au judaïsme. Quel rapport avec la matsa ? Eh bien la différence entre le pain et le pain azyme, c’est que la pâte gonfle dans le premier cas et non pas dans le second. Et Rabbi Zalman Soroskin dit que dans la matsa toutes les composantes du pain font corps, elles sont extrêmement resserrées alors que, si on laisse la pâte gonfler dans le pain et bien quelque part les relations sont distendues, les éléments constitutifs du pain sont éloignés les uns des autres… La matsa au contraire symbolise cette capacité à resserrer les liens sociaux, familiaux, communautaires, les liens avec autrui, et c’est l’un des enjeux symboliques de la fête de Pessah. Il n’y a de libération que parce qu’il y a une unité, une capacité à rechercher le « vivre ensemble ». Et c’est parce qu’il y a ce « vivre ensemble » retrouvé que les Hébreux jadis méritèrent d’être libérés…

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